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Biodiversité intellectuelle au menu de la Session

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Christian Lévêque, ancien président de l'académie d'agriculture, directeur de recherche émérite à l'institut de recherche pour le développement, spécialiste des éco-systèmes, a consacré sa carrière à étudier la biodiversité et ses dynamiques, en lien avec les activités humaines. Auteur de très nombreux ouvrages sur le sujet, il a présenté, à l’invitation de l’association Symbiose 03 et de la chambre d’agriculture, et devant un amphithéâtre du Lycée agricole bourbonnais bien rempli, sa vision de la biodiversité, et de la place de l'agriculture, dans un contexte de changement climatique.

Intervention de M. Christian Lévêque sur un sujet intitulé  « La biodiversité patrimoniale dans un contexte de changement climatique ».

Que recouvre cette expression de biodiversité patrimoniale ?  C.Lévêque   a  expliqué comment ce terme est apparu dans  des projets visant la préservation de la biodiversité, en assimilant la nature actuelle ou  passée  à un patrimoine physique immuable, à l'image d'une propriété foncière.

Or tout le discours de C.Lévêque a consisté à remettre cette vision des choses en cause. Il a commencé par souligner à quel point la notion de biodiversité repose sur des définitions floues. Est-ce le nombre d'espèces, la variabilité génétique intra-espèces, la variabilité des milieux, des systèmes,... ? Le sujet est complexe, et ne se limiterait pas, et de loin,  à l'observation des quelques espèces visibles, dont l’existence ou l'évolution retiennent toute l'attention du public, mais qui ne constituent qu'une part très marginale des espèces vivantes. En effet, l'immense majorité des espèces, et les plus importantes selon C Lévêque, sont celles qui ne se voient pas. Ce sont les micro-organismes du sol, qui non seulement constituent la part majeure de la biodiversité, mais qui occupent  aussi le rôle premier dans la chaîne de vie, en permettant la pousse végétale, source de toute vie animale et humaine.

L'autre grande idée évoquée par C. Lévêque porte sur les équilibres des systèmes et leur évolution. La biodiversité est difficilement quantifiable, et son évolution l'est donc également. Mais un aspect est clairement démontré dans l'exposé, c'est le fait que la notion d'équilibre des systèmes environnementaux est un leurre. Les systèmes, combinant plusieurs espèces animales et végétales ont toujours évolué. L'évolution constatée depuis la fin de la dernière glaciation, il y a 12 000 ans, en est une illustration. La biodiversité, au tout début du réchauffement post-glaciaire, pouvait être considérée comme extrêmement réduite,. Elle s'est enrichie continuellement, à partir des quelques rares espèces d'origine survivant sur le permafrost, mais surtout, et essentiellement,  par l'arrivée d'espèces « invasives », apportées, par le vent, par les cours d'eau, par les oiseaux, les animaux, et bien sûr,  par l'homme.

Les eco-systèmes sont donc en perpétuel mouvement, avec une influence croissante de l'homme, qui participe ainsi à une co-construction permanente de l'environnement naturel. Cette co-construction a notamment apporté le paysage de bocage qui nous entoure,  celui du lac de Der résultant d'un barrage sur la Marne, classé « ZNIEFF, type 2 » (étape dans la stratégie nationale pour la biodiversité), ou la Camargue, bénéficiant de la prestigieuse classification « RAMSAR » du nom d'une convention internationale sur la protection des zones humides. Ces deux sites, comme de très nombreux autres, ont été entièrement façonnés par l'homme, ont provoqué la destruction totale  d'une nature pré-existante, pour en faire émerger une nouvelle, différente. 

Ces exemples amènent  C.Lévêque à prendre de la distance avec la notion de « conservation de la nature ». Il considère que la notion de conservation est vaine, dans un contexte d'évolution permanente des activités humaines et du climat.  S'attacher à la conservation de zones humides par exemple, alors que le réchauffement climatique se poursuit et que certains sites s'assècheront naturellement conduit forcément  à des impasses.

Cela dit le conférencier a pris soin de ne pas faire l'apologie du laisser faire. Des précautions environnementales  compatibles avec la préservation d'activités économiques vitales doivent être prises. Mais il s'élève contre l'illusion qui consisterait à prétendre figer la nature, au nom d'un idéal passé, impossible à définir.

C.Lévêque a également appelé à la vigilance le monde agricole, qui ne peut rester ancré dans des pratiques connues, alors que son environnement se modifie.

Les propos de C.Lévêque apportent un angle de vision décalé sur l'approche de la biodiversité, par rapport aux messages environnementaux dominant dans les sphères médiatiques et politiques. Il conclue cependant en insistant sur le fait que l'approche scientifique doit toujours s'appuyer sur le doute, et se garder des conclusions péremptoires, rapides et séduisantes. Ses propos n'ont laissé personne indifférent. Le public semble avoir, dans sa grande majorité, été particulièrement sensible aux thèses présentées, mais l'approche atypique peut aussi avoir suscité quelques incompréhensions chez d'autres. En tout état de cause,  si l'objectif était de faire réfléchir tout le monde, l'objectif a manifestement été atteint !